Lot n° 6
Masque figurant le portrait d’un seigneur
Le visage, traité en stricte frontalité, présente une construction particulièrement maîtrisée, fondée sur l’équilibre des volumes et la lisibilité des formes. Les yeux, largement ouverts, sont soigneusement structurés ; les pupilles en métal (probablement argent) renforcent l’intensité du regard et lui confèrent une expression vigilante, concentrée et intemporelle. Les arcades sourcilières marquées soulignent la stabilité formelle de l’ensemble.
Le nez, droit et bien dégagé, présente des narines légèrement dilatées. La bouche, fermée, se distingue par une lèvre supérieure subtilement pincée, introduisant une tension contenue dans l’expression. Les oreilles, largement déployées, sont percées dans leur partie inférieure afin de recevoir un collier ras-de-cou, suspendu directement au bas des lobes.
Ce collier, disposé immédiatement sous le menton, est composé de six pendentifs circulaires représentant des têtes de chouettes stylisées, régulièrement articulées. La tête est surmontée d’une coiffe caractéristique, évoquant une coiffe textile ou un casque rituel, structurée par un diadème central en relief projeté vers l’avant, lui-même orné d’une tête de chouette. Cet élément axial accentue la verticalité du visage et constitue un point focal majeur de la composition.
L’ensemble témoigne d’une maîtrise remarquable du travail de l’or, avec une lecture claire des volumes, une grande précision dans le dessin et un sens aigu de la composition, caractéristiques de l’orfèvrerie mochica de très haut niveau.
Or martelé, repoussé et agrafé ; pupilles en métal (probablement argent).
Culture Mochica, côte nord du Pérou, 100–300 apr. J.-C.
16,2 × 14,8 × 6 cm
Poids : 159 g.
Provenance
Collection Julieta Guillot, après succession ; ancienne collection Álvaro Guillot-Muñoz ; vente Alain Castor – Laurent Hara, Drouot-Richelieu, Paris, 30 mai 2011, lot 37.
Analyse du Dr Philippe Blanc, laboratoire de biominéralisations & paléoenvironnements, Université Pierre et Marie Curie, Paris, 20 mai 2007
La civilisation mochica, qui se développe sur la côte nord du Pérou entre le Ier et le VIIe siècle de notre ère, accorde à l’or une valeur symbolique fondamentale. Associé au soleil, principe de lumière, de permanence et de pouvoir, l’or est perçu comme une substance sacrée, parfois qualifiée de « larmes du soleil », et réservé aux élites dirigeantes. Sa pureté et son éclat participent à la construction visuelle de l’autorité et de la splendeur des seigneurs mochica.
Les portraits en or s’inscrivent dans cette affirmation du rang. Par la frontalité affirmée du visage, la tension maîtrisée de l’expression et la richesse strictement contrôlée de son iconographie, ce masque exprime une présence souveraine, à la fois vigilante et intemporelle. La chouette, animal nocturne doté d’une vision perçante dans l’obscurité, renforce cette lecture symbolique : associée à la clairvoyance, au monde invisible et aux sphères du pouvoir guerrier et chamanique, elle évoque la capacité à voir au-delà des apparences.
Par la maîtrise de ses formes, la grande pureté de son or et l’intensité contenue de son regard, ce masque apparaît comme une affirmation éclatante du rang et de la splendeur d’un seigneur mochica, incarnant une conception du pouvoir fondée sur l’équilibre, la vigilance et la lumière.